Myth

Publié le par Scarlett

myth1.jpgUn ami m'a invitée à aller voir un spectacle de danse à l'auditorum de Dijon : Myth de Sidi Larbi Cherkaoui.
Je n'étais encore jamais allée à un spectacle de danse, celui-ci m'a surtout fait penser à du théâtre.
Pendant que les spectateurs s'installent, je regarde le décor se remplir peu à peu : c'est une bibliothèque, avec des rayonnages à gauche et à droite, et deux grandes portes au milieu, barrées de grilles de fer. De part et d'autres, quelques chaises; sur l'une d'elles est assis un squelette. Les étagères ont une forme d'escalier à droite, qui mène à une mezzanine où des musiciens prennent place peu à peu. Les lumières s'éteignent, les places sont occupées : il y a sur scène un jeune militaire, une vieille dame, un grand noir en tailleur, une rousse absorbée dans ses livres et une jeune femme trisomique.
Les personnages s'animent, parlent, se répondent. Et soudain surgissent les ombres, des danseurs vêtus de noir qui réagissent aux gestes des autres, qui les imitent, qui les effraient, qui planent autour d'eux, se prennent dans leurs chevilles et les accaparent. Ils sont éthérés, ils glissent au lieu de marcher, ils se fondent dans le décor, disparaissent dans un tiroir ou sortent des murs. Je suppose qu'ils étaient les pensées et les émotions des vivants qui évoluaient sur la scène.
Sur une musique qui me rappelait tantôt les sonorités arabo-andalouses de Radio Tarifa (un exemple :
Sin palabras), tantôt les polyphonies corses et tantôt les chants traditionnels irlandais, les scènes se sont succédé, pêle-mêle, sans transition ni signification claire. Le grand noir affublé d'une robe verte a fait un discours en anglais, très méprisant, sur la manière dont une fille s'était attifée. La rousse a fait un monologue pseudo-philosophique. La vieille dame a débité des lieux communs. Et aucun, je pense, n'avait d'autre discours.
Parmi les images marquantes, il y eut cette chute désespérée d'une marionnette noire aux longs cheveux semblables à  ceux d'une poupée qu'on n'a pas coiffée, qui retombait par terre, désarticulée, à chaque fois que quelqu'un tentait de la redresser. Il y eut l'apparition de la Ménine devenue siamoise. Il y eut la naissance de l'Enfant, comme un accomplissement, celui qui guiderait les autres. Il y eut le Prophète qui ouvrit les portes barrées de grilles et les referma sur son peuple (pour ouvrir un chemin ou pour les enfermer?). Il y eut en résumé, de très belles images dont je finis par ne plus chercher le sens. Et le noir qui ne savait plus s'il voulait être un homme ou une femme. Et toujours, la voix lancinante et douce de la chanteuse.
Le spectacle, divisé en quatre chapitres dont je n'ai pas saisi l'unité malgré les citations affichées au fronton (beaucoup de Dante), était trop long (deux heures environ), et j'en suis ressortie légèrement ivre, à cause de la fatigue et de la beauté des images.

Deux articles qui parlent aussi de ce spectacle :
Bien culturel et Octuple sentier, intéressants quoique un peu trop acides.

Publié dans Tout et rien

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