Godwin et Descartes

Publié le par Scarlett

La loi Godwin (énoncée par Mike Godwin en 1990) dit en substance que plus une discussion (principalement sur Internet, mais cela s'applique à tous les moyens de communication en fait) est longue et plus on a de chances de voir un participant parler du nazisme ou d'Hitler, même si le sujet de départ n'a aucun rapport avec. En effet, plus une discussion dure (et s'échauffe), plus les arguments sont extrêmes (et tendent à la mauvaise foi). L'article Wikipédia à ce sujet dit qu'il est monnaie courante que les participants finissent par s'insulter et parler de nazisme à ce propos, mais ma propre expérience me fait dire qu'en fait le nazisme sert plus d'exemple irréfutable que d'insulte. Dans une discussion interminable, on choisit ses arguments et on les formule de façon à être bien compris, parce que l'on risque sinon d'être repris et de perdre du temps à réexpliquer ce qu'on a voulu dire, voire de passer pour un idiot qui ne sait pas de quoi il parle et utilise des termes approximatifs. Je crois que si le nazisme apparaît dans la discussion, c'est parce qu'il est universellement reconnu comme le mal absolu, le grand méchant loup, bref une référence qui n'a pas besoin de précision. Le nazisme, c'est pas bien et on ne revient pas dessus. Il permet donc l'économie d'un exemple qui serait plus complexe (et plus pertinent) et qu'il faudrait expliquer : c'est par flemme plus que par haine qu'on l'emploie.

Descartes, dans ses Méditations métaphysiques (Méditation quatrième, paragraphe 9), explique selon lui la cause de nos erreurs, malgré le fameux doute hyperbolique qui devrait nous en préserver : c'est parce que nous nous permettons d'avoir un avis sur quelque chose dont on ne
sait pas tout (car si on sait tout d'un sujet il n'y a aucune raison de se tromper). Il faudrait donc tout simplement s'abstenir de porter un jugement sur ce qu'on connaît mal. Mais, me dis-je, il y a tout de même un souci, et mon prof de philo n'a pas su me dire si Descartes avait répondu à mon objection, qui est la suivante : quand saura-t-on si on en sait assez pour pouvoir disserter sur un sujet donné? Parce que précisément, si on donne son avis, c'est parce qu'on croit être au courant de tout. Et qu'avant d'avoir un complément d'information il n'est pas possible d'imaginer qu'on puisse en savoir plus.

Je vais maintenant tenter d'expliquer quel lien s'est fait entre Godwin et Descartes dans mon petit cerveau malade : le droit d'être faillible.
Si le nazisme est bien utilisé comme argument, c'est souvent parce qu'on ne trouve pas mieux. Et si on se met à donner un avis discutable sur des choses, c'est parce qu'on n'a pas les connaissances nécessaires. Et dans les deux cas, c'est très mal vu. Peut-on décemment blâmer la médiocrité? Je ne pense pas. Il faut certes essayer de dépasser sa propre ignorance, mais on ne peut pas en attendre autant de son prochain. Et pointer les erreurs des autres sans visée pédagogique, je trouve cela bien mesquin.

Publié dans Tout et rien

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