Un cheval blanc n'est pas un cheval

Publié le par Scarlett

Cette phrase énigmatique est le titre d'un livre d'énigmes chinoises que j'avais lu à l'âge de sept ans, dont on parle sur cette page. Dans mon souvenir, on y trouve l'histoire d'un roi qui veut un cheval. Un serviteur lui apporte un cheval blanc, mais le roi proteste : un cheval blanc n'est pas un cheval.
J'ai mis longtemps à comprendre pourquoi : le cheval blanc frappe par sa blancheur, il n'est pas n'importe quel cheval, or le roi voulait un cheval qui soit l'essence même du cheval, selon l'idée de Platon.

C'est une histoire de normes : la norme du cheval n'est pas la blancheur, un cheval blanc marque donc par sa différence par rapport à la norme. J'ai trouvé ce même principe à deux autres reprises au moins.
La première fois, c'était dans une aventure de Sherlock Holmes (écrite par une lointaine connaissance et non par Arthur Conan Doyle) dont j'ai oublié le nom, dans laquelle il décryptait le sens d'un message codé sur lequel figurait un dessin de fleur. Lorsqu'on demande à un enfant de dessiner une fleur, il dessinera plus probablement une marguerite qu'un arum ou une orchidée. La fleur dessinée ressemblait plutôt à une jonquille et Sherlock en a déduit qu'elle représentait quelque chose de plus précis que la notion vague et générique de fleur. Il a ensuite pu orienter ses recherches sur les jonquilles et leur signification.

La seconde fois, c'était en lisant un dossier très intéressant sur le site du9 qui parle de bande dessinée. Ce dossier intitulé Regards croisés ou Manga & grands yeux expliquait non seulement pourquoi les personnages de manga ont souvent de grands yeux mais surtout pourquoi nous, occidentaux, pensons que c'est pour ressembler aux Européens. Mentalement, chacun divise le monde entre la sphère du "moi" et celle de "l'autre". Dans l'une il y a ce que je suis et ce que j'analyse comme me ressemblant; dans l'autre il y a tout le reste, qui diffère de moi par certaines marques que j'identifie. Dans le cas des manga, j'identifie les personnages comme appartenant à mon groupe parce qu'ils n'ont pas la marque "yeux bridés" qui me ferait les voir comme différents de moi. Dans ce cas, c'est ce qui me ressemble que je considère comme norme (les yeux non bridés). Par ethnocentrisme (et également égocentrisme, car cette histoire de sphères du "moi" et de "l'autre" ne s'applique pas uniquement aux groupes sociaux), je considère également que mon groupe est préférable aux autres, d'où la mauvaise interprétation des grands yeux des manga comme une fascination pour la beauté occidentale. Je vous conseille fortement de lire ce dossier.

Vous trouverez sur cette page des variantes de la légende du cheval blanc, et sur celle-ci des développements intéressants de cet aphorisme, basés sur le sens des mots en chinois.

Publié dans Tout et rien

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