Ivresses

Publié le par Scarlett

Son confident vient de lui avouer ce qu'il sait : c'est le premier coup de théâtre. Sa voix devient suppliante, il n'en fait pas trop, son moment n'est pas encore venu, il est encore un personnage secondaire.
Elle est fatiguée, ses soucis lui tournent dans la tête, rien d'insurmontable, mais juste assez pour la décourager au réveil. Elle décide, finalement, d'aller rejoindre des amies à ce bar qu'elle connaît un peu et de finir la soirée en prenant un verre.
Sous la table, nos pieds se frôlent lentement, sans encore s'enhardir. Nos regards sont sereins et doucement prometteurs. Nous profitons du calme avant la tempête.

La tension monte graduellement, le voilà pris au piège entre le tyran adulé et la bien-aimée dédaigneuse. Il sait qu'il doit être discret mais convaincant, s'insinuer peu à peu dans le cœur du public.
Elle prend un cocktail et goûte aux verres des copines. La conversation a quitté le terrain glissant des sujets inquiétants pour virer au gai n'importe quoi. Elle se détend petit à petit.
Nous enlevons nos vêtements calmement, chacun les siens, sans hâte. Il ne fait pas très chaud, nous frissonnons à l'unisson. Nos mains parcourent, appréciatrices, nos peaux dévoilées. Nous nous créons des envies.

Voici enfin venue son heure de gloire. Il a accompli sa mission, et s'en va récolter auprès de sa princesse les lauriers mérités. Les spectateurs savent que ça ne peut être aussi simple, et déjà sa grandeur est pathétique.
Elle rit pour un rien et se sent terriblement bien. Elle acquiesce volontiers quand on lui dit qu'elle a beaucoup bu et sait qu'elle devrait s'arrêter là, alors que tout est parfait.Mais parce qu'elle n'a pas encore fini son verre et que l'alcool lui a tellement bien réussi, elle reprend une gorgée à chaque fin de phrase.
Nos bouches s'ouvrent et cherchent sur quoi se refermer. Nos caresses se font impérieuses, les impatiences de nos corps se répondent. Quand nos reins finissent par se trouver et par s'imposer, à tâtons nous devinons l'urgence du plaisir.

Le destin vient de le poignarder dans le dos. Point de lauriers, de gloire et surtout plus d'espoir. Il est au sommet de la tragédie. Tout s'écroule et ses larmes ne sont plus feintes. Il défaille : "Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?"
Elle commence à se sentir mal. Une nausée comme une vague lui attaque le ventre entre deux absences blanches. Les mains crispées, elle s'accroche à la table en bois. Quand ses amies la soutiennent, elle proteste et dit qu'elle n'a pas besoin d'aide.
Enlacés dans une étreinte irrépressible, nos sexes en furie nous entraînent dans une course effrénée. Embrassés plus qu'embrasés, nous gravissons les marches et grillons les étapes dans l'imminence de la délivrance.

 

 

 

Le rideau tombe brusquement, et après quelques instants d'hésitation, son cœur déborde lorsqu'il entend les applaudissements exploser dans la salle obscure.
Au-delà de l'oubli et de l'incompréhension, elle sent vaguement sa conscience chavirer. En tombant, elle ferme les yeux et s'entaille le doigt sur les débris du verre qu'elle ne se souvient plus avoir cassé.
Les jambes arquées dans un ultime soubresaut, nous nous agrippons férocement l'un à l'autre et redécouvrons ensemble ce vol plané extatique proche de l'anéantissement. Avant même que nous ne prenions conscience de notre épuisement, l'odeur de nos sueurs emmêlées envahit nos narines.

Publié dans Mes écrits

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